Petites boites d’Yôko OGAWA

La narratrice réside dans une ancienne école maternelle. Elle s’adapte à cet environnement à taille d’enfants. Dans une salle de l’école sont rangées des petites boîtes en verre, récupérées depuis un musée voisin. Elle reçoit régulièrement la visite de parents d’enfants décédés qui viennent glisser dans la boîte de leur enfant des petits objets qui participent à leur développement dans l’autre monde. De minuscules instruments de musique destinés à être accrochés aux oreilles sont fabriqués également, par exemple une lyre faite d’un segment de côte de bébé sur laquelle sont tendus des cheveux de l’enfant. De temps en temps, des concerts de « soi à soi » sont organisés au sommet d’une colline. Le vent fait vibrer ces minuscules instruments provoquant une musique inaudible pour tout autre qu’eux-mêmes…

J’ai été bouleversée par ce roman.
J’en ai ressenti un malaise profond que l’écriture emplie de poésie de Yoko Ogawa atténuait toutefois.
Un roman qui ne nous laisse certainement pas indifférent…
IMPRESSION DE : Patricia LAFONT

Le rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa

Loin de la ville, voici le lecteur embarqué pour une île peu accueillante qui tente de pallier ses pertes démographiques en recrutant des jeunes tokoyotes en recherche de travail. Parmi ceux-ci, une tête brûlée, une jeune fille et le héros de notre histoire, Ryôsuke, à la recherche de l’ami de son père afin de tenter de comprendre pourquoi celui-ci s’est suicidé.

Sous forme de recherche initiatique, ce récit poétique et émouvant évoque la difficulté à s’acclimater dans un milieu humain replié sur ses traditions, sourd aux arguments de l’autre et fondamentalement intolérant devant toute innovation, ici en l’occurrence, la fabrication de fromage de chèvre.

Comme Ryôsuke et son mentor, le lecteur va se découvrir une affection pour les chèvres laitières et découvrir l’importance de la réussite de l’expérience pour les déracinés qui tentent leur chance en milieu hostile.

Un roman poétique attachant !

Impression de : Danielle De Neve.

Au prochain arrêt d’ Hiro Arikawa

Le roman a été publié en 2021. Hiro Arikawa est née en 1972 et a d’abord écrit pour les adolescents avant d’écrire pour les adultes.

Ce roman suit le trajet de la ligne Imazu de la compagnie de chemin de fer privée Hankyû. Il est organisé en deux parties de huit chapitres chacune (comme les huit arrêts du train). On pourrait plutôt dire qu’il s’agit de 16 nouvelles. Elles se déroulent au printemps dans le sens Takarazuka-Nishinomiya, et en automne pour le retour. À chaque arrêt, de nouveaux passagers montent ou descendent.

On en suit un à chaque arrêt. En plus du personnage que l’on suit dans la nouvelle, il y a régulièrement des interactions avec des personnages centraux à d’autres nouvelles. On retrouvera chaque personnage quelques mois plus tard au retour.

On croisera un jeune homme, une grand-mère qui emmène sa petite fille, une salary woman qui porte une robe digne d’un mariage… On découvrira un peu de leur vie et on sera content de les retrouver plus tard et de découvrir quelle trajectoire leur vie a pris en conséquence de ce qui s’est passé à l’aller.

Au-delà de ces personnages attachants, l’intérêt de ce livre est qu’il est, bien évidemment, raconté à travers le prisme de la culture japonaise. Cela n’apportera rien à un lecteur nippon, mais nous ne connaissons pas du tout leur façon de vivre.

En lisant ce livre, vous serez parfois surpris, parfois déconcertés par les codes utilisés au Japon dans la vie de tous les jours et qui reflètent les coutumes japonaises. Les règles de politesse en particulier sont différentes. Ce qui m’a marqué aussi, c’est l’importance de se montrer digne, à la hauteur de son rang (ou de ses moyens financiers) même pour prendre le train. En particulier, tout le monde remarque si les passagers arborent des vêtements ou des accessoires coûteux et s’ils respectent les règles de politesse de mise dans un espace public comme un train.

C’est un roman plutôt court tout en douceur, léger en apparence, mais riche en réflexions, profondément humain et émouvant.

IMPRESSION DE : Lorenz ZUR NEDDEN